• Collectif Femmes* Valais

Prise de position et revendications pour une sortie féministe du Covid-19

Mis à jour : juin 12

Coordination romande des Collectifs pour la grève féministe et des femmes*

I. PRISE DE POSITION : le monde que nous voulons maintenant ! Face à la pandémie du COVID-19, les femmes* ont d’ores et déjà démontré qu’elles sont les garantes de la survie de la population. Mais le coronavirus montre aussi comment le système capitaliste, sexiste et raciste exacerbe l’exploitation de celles sans qui la vie ne pourrait plus continuer. Changeons le système maintenant parce nous ne voulons plus de l’ancien monde. Reprenons nos revendications du 14 juin 2019. Nous ne lâchons rien !

Les femmes* en première ligne face à la pandémie

Le COVID-19 révèle à l’évidence une réalité simple : nous remplissons au quotidien les tâches essentielles à la reproduction de la vie en Suisse et ailleurs, que ce travail soit rémunéré ou pas. Nous assumons majoritairement les tâches de soins dans les hôpitaux et les EMS; les caissières assurent l’accès à l’ensemble de la population aux denrées alimentaires; nous assumons les services de nettoyage qui sont essentiels à la protection sanitaire. Dans tous ces emplois, les plus nombreuses entre toutes sont les migrantes. Les écoles fermées, nous assumons une charge encore plus importante de travail domestique et de garde des enfants, tout en jonglant avec notre travail rémunéré, la précarité liée au chômage, nos retraites insuffisantes et la pauvreté. La pandémie exacerbe les inégalités sociales, économiques et de genre. Ainsi, si les hommes en général sont davantage touchés par le virus, la majorité des malades entre 20 et 60 ans sont des femmes. Justement parce que nous sommes très nombreuses à assurer les soins et les services indispensables à la vie aux risques et périls de notre santé! Par ailleurs, les mesures de confinement nous ont encore plus exposées à la violence domestique, sexiste et sexuelle.

La faillite du système économique et politique actuel

Le capitalisme néolibéral affirme depuis 30 ans que le privé est plus efficient que les services publics. La pandémie apporte un démenti cinglant. La pénurie de masques, d’équipements de protection et de médicaments de base révèle que la maximisation des profits se fait au détriment de la satisfaction des besoins sociaux: les prestations publiques diminuent, alors que les emplois précaires augmentent et que nos conditions de travail se détériorent. Le système économique actuel menace la reproduction de la vie et les écosystèmes dont nous dépendons. La délocalisation de la production a mis en compétition des producteurs aux quatre coins de la planète, et laminé des secteurs productifs locaux en Suisse au profit des multinationales et des grandes entreprises qui méprisent les droits sociaux, polluent et s’enrichissent sans scrupules. La pandémie prouve notre dépendance des importations et notre incapacité de subvenir à nos besoins de base. Elle montre aussi notre dépendance d’outils de communication détenus par les géants de la technologie, qui extraient et vendent nos données personnelles pour en faire du profit. Nous sommes à la merci d’une surveillance généralisée de la population. Enfin, le passage du virus à l’humain révèle la destruction accélérée de notre planète par l’activité industrielle. En effet, la propagation de tels virus est liée notamment au processus de déforestation, au réchauffement climatique ou encore à la chute de la biodiversité. Aujourd’hui, nous payons le prix fort de ce système capitaliste, raciste et patriarcal. Or cette crise montre clairement que ce système n’est plus tenable. Elle montre aussi que ce qui compte et a de la valeur pour garantir l’existence et la survie même de l’humanité ce sont essentiellement l’environnement et les tâches reproductives que nous réalisons. Si l’Etat suisse veut une fois encore sauver ce système économique défaillant, nous disons non! Ce qui doit compter ne peut plus être d’assurer les profits des 1% de la population, mais le bien-être des 99%! Le système économique actuel et la politique doivent être transformés et se mettre prioritairement au service de la vie.

II. REVENDICATIONS : Nos vies passent avant leurs profits ! Le 14 juin 2019, nous étions plus de 500’000 dans les rues lors de la grève féministe parce que la normalité telle qu’elle se présente à nous ne nous convient pas: inégalités, discriminations, violence à l’encontre des femmes*, nous n’en voulons plus! D’aucuns évoquent la nécessité de transformer notre monde APRES la crise. Nous voulons amorcer la transformation de notre monde et de nos vies MAINTENANT.

Avec ces premières 15 revendications, nous voulons lancer un processus de discussion et de débat pour changer nos vies !


1. Parce que nous voulons mettre au centre le bien-être de la population, nous demandons à la Confédération, qui à l’heure actuelle a injecté CHF 60 milliards dans l’économie privée, d’investir un montant équivalent dans les services publics, en particulier dans les soins et l’accueil des enfants et des personnes âgées et des personnes en situation de handicap (structures pré- et parascolaires, EMS et soins à domicile, institutions sociales).

2. Parce que l’économie est l’affaire de tout le monde, nous voulons sa démocratisation pour décider nous-mêmes sur les biens et les services que nous produisons. La spéculation financière doit être abolie et réinvestie dans la (re)production et le bien commun. Toute la chaîne sanitaire – de la production de matériel et médicaments à la gestion des services de soins – doit être un service public et cesser d’être soumise à la logique du profit.

3. Parce que nous en avons assez des inégalités salariales et des discriminations dans le monde du travail, nous voulons valoriser celles, mais aussi ceux, dont le travail est indispensable à la vie: leurs salaires doivent être augmentés et leurs conditions de travail améliorées. L’application de la Loi sur le travail dans les hôpitaux doit être rétablie immédiatement !

4. Parce que nous voulons vivre dignement, nous voulons le retrait d’AVS 21 et un large débat pour réduire l’âge de la retraite de toutes et tous. La pandémie a montré la fragilité de la population âgée. Une vie digne doit être garantie à tout être humain en toute circonstance.

5. Parce que nous voulons que le travail domestique, éducatif et de soins soit reconnu et partagé,de même que la charge mentale, nous exigeons un service public de l’accueil de l’enfance fort, un financement substantiel et un véritable congé maternité, paternité et parental. Nous voulons aussi un fonds national qui garantisse une allocation de chômage aux employées de l’économie domestique, quel que soit leur statut.

6. Parce que nous nous épuisons à travailler, nous voulons réduire le temps de travail salarié sans réduction de salaire et partager le travail non rémunéré. Le coronavirus nous a imposé de ralentir: moins de déplacements, moins de consumérisme. Nous voulons ralentir le rythme de la vie quotidienne, réduire le temps de travail professionnel, investir dans une économie respectueuse de nos vies et des écosystèmes.

7. Parce que l’avenir sera écologique et solidaire ou ne sera pas, nous voulons favoriser la production et distribution locale, solidaire et écologique, pour que nous puissions produire les biens essentiels à la vie selon une logique de souveraineté alimentaire, tout en ayant recours à l’échange international dans un rapport égalitaire complémentaire.

8. Parce que nous refusons la violence sexiste, homophobe et transphobe, nous voulons immédiatement un plan fédéral de lutte contre les violences sexistes, sexuelles et domestiques en accord avec la Convention d’Istanbul, accompagné d’un outil fédéral d’évaluation et de suivi du nombre des violences sexistes et des féminicides, terme qui doit être reconnu dans le Code Pénal. Le coronavirus a imposé de nouveau le silence sur la violence machiste. Pourtant, elle continue et s’aggrave même à cause du confinement. Il faut débloquer des fonds à tous les niveaux pour ouvrir des centres pour les mineur-es et les femmes* dans toutes les communes pour y trouver protection, recevoir des conseils et pouvoir échanger.

9. Parce que nous revendiquons la liberté de nos choix en matière de sexualité et d’identité de genre, nous voulons une éducation sexuelle sans préjugés dès le plus jeune âge et un renforcement des mesures de protection contre les violences à l’encontre des personnes LGBTQI+. Le confinement a montré la nécessité de telles mesures, notamment davantage de lieux d’accueil d’urgence pour les personnes exposées à des violences intrafamiliales en raison de leur orientation sexuelle et identité de genre.

10. Parce que notre corps nous appartient, nous exigeons d’être respectées et libres de nos choix. Respecter nos corps, c’est refuser tout diktat économique qui veut imposer aux personnes à risque de retourner au travail. Les dispositions concernant les personnes à risque sont insuffisantes, en particulier pour les femmes enceintes. Toutes ces personnes vulnérables doivent pouvoir rester chez elles et avoir une allocation perte de gain jusqu’à la fin de la pandémie si elles ne peuvent pas télétravailler.

11. Parce que le travail éducatif et de soins doit être une préoccupation collective, nous voulons un financement important et prioritaire pour assurer une éducation de qualité et qui promeut l’égalité. Fermer les écoles et les crèches, nous a fait prendre conscience de la centralité du travail éducatif et de soins aux enfants.

12. Parce que lorsque nous venons d’ailleurs, nous vivons de multiples discriminations, nous exigeons les mêmes droits en matière d’accès à la santé, d’allocations perte de salaire et demandons la régularisation de toutes les personnes sans-papiers ! La pandémie a montré la fragilité des migrantes: les employées de maison, les personnes sans papiers payent le prix fort de la crise sanitaire.

13. Parce que le droit d’asile est un droit fondamental, nous demandons le droit de rester. La Suisse doit accorder à toutes les personnes avec une procédure d’asile en cours, le droit de rester ici et régulariser toutes les personnes sans statut légal. Nous demandons aussi que notre pays accueille 50’000 réfugié-es, confiné-es en particulier dans les camps en Grèce.

14. Parce que les institutions ont été conçues sur un modèle patriarcal et de classe dans lequel nous n’apparaissons qu’en incise, nous voulons une représentation paritaire des femmes* dans toutes les institutions politiques et les organes décisionnels de l’Administration fédérale, cantonale et communale afin que nos besoins et revendications soient représentés. Nous voulons que toute la population puisse décider ensemble de notre vie en commun !


15. Parce que les pratiques artistiques, a fortiori lorsqu’elles sont le fruit du travail des femmes, sont trop souvent invisibilisées. Les actrices culturelles font face à toutes sortes de discriminations qui les empêchent d’accéder aux postes à responsabilité les mieux rémunérés. Durant cette période liée à la pandémie de la COVID 19, elles sont d’autant plus touchées par la fragmentation du temps de travail et l’impossibilité d’exercer leur métier. L’isolement et la concurrence seront impitoyables à la reprise des activités dans ce secteur ou les codes sexistes sont persistants ».




* toute personne qui n’est pas un homme cisgenre (soit un homme qui se reconnaît dans le genre qui lui a été assigné à la naissance).


** si tu souhaites nous faire part de tes remarques par rapport à ce document tu peux le faire à notre adresse mail grevefemmesvalais@gmail.com , il se veut évolutif ! tu le retrouveras également en PDF ici "Appel 14 juin 2020".

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